VOS MAUX EN MOTS

Accueil      Blog      Forum      Aide      Calendrier      Identifiez-vous      Annuaire      Inscrivez-vous      
21 Mai 2012 à 07:46:19*
avatarBienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Nouvelles:
 
Pages: [1]   Bas de page
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: Une maltraitance paradoxale:  (Lu 713 fois)
0 Membres et 1 Invité sur ce fil de discussion.
Tanka
Invité

avatar

« le: 16 Juillet 2007 à 08:53:00 »

Je ne me souviens pas d'une époque où je n'aurais pas été battu par mon père. Seulement de quand cela a cessé (vers 15 ans me semble-t-il).
Je dois tout d'abord signaler que mes soeurs, l'une âgée de 5 ans de plus que moi et l'autre de 6 , elles aussi étaient battues. Nous en avons reparlé ces dernières années. J'avais le sentiment - je l'ai toujours - d'avoir des 3 été le plus battu et avec le plus de violence. Mais mes soeurs m'ont affirmé ne pas avoir été battues moins que moi. La mémoire est trompeuse, la leur, la mienne, la vôtre, celle de tous. Je m'en tiendrai donc à mes propres souvenirs, déformés ou non. Car je pense que même déformés ils contiennent une vérité qui est celle du ressenti, et que cette vérité est plus importante que les faits tels qu'ils se déroulent exactement.
Souvent, vraiment très souvent, mon père me battait, le plus souvent pour des peccadilles (je n'étais pas un enfant particulièrement turbulent, mais parfois désobéissant, sans aller jusqu'à de graves désobéissances). La colère le submergeait. La plupart du temps il sortait son ceinturon et me fouettait sans viser d'endroit particulier, comme s'il cherchait de façon irréfléchie à atteindre en un temps record toutes les parties de mon corps. Je me rebellais systématiquement, je l'insultais avec des noms d'oiseaux dont je ne me souviens plus. Sa colère de caractériel redoublait et alors il prenait la ceinture par l'autre bout et me frappait avec la boucle. Au comble de la fureur il pouvait arriver qu'il me donne des coups de poings, éventuellement dans le ventre.
Il avait pour cela fort à faire car ma mère, petite femme d'une très grande douceur, intraitable sur ce point, se mettait en travers. Et mon père n'aurait jamais osé porter la main sur elle (une seule fois il s'y est essayé mais elle a eu le temps de lui lancer je ne sais quel avertissement et le geste amorcé s'est perdu au dessus de lui avant que de retomber ). Non pas à cause de la force physique dont ma mère pouvait faire preuve de façon surprenante - je l'ai vu à plusieurs empoigner des deux côtés l'une des ces cuisinières à rondelles d'antan que d'ordinaire seuls deux hommes plutôt forts devaient saisir pour la soulever tandis que ma mère pouvait la déplacer ainsi à l'autre bout de la pièce; non pas à cause de cela car il était très costaud, très charpenté, mais parce que devant elle une sorte de respect sacré s'emparait de lui et le laissait les bras ballants .
Il devait donc tenter de tourner autour d'elle qui tendait ses bras en croix et pivotait sur elle-même afin d'essayer de m'atteindre. Il y avait là une sorte de chorégraphie furieuse qui eût pu faire penser à de la tauromachie ! Mais il y arrivait durant un temps plus ou moins court, rapide, et quelquefois plus. Moi j'étais rouge de colère et de révolte et de larmes. Je hoquetais. Ma mère prononçait alors de tels mots courroucés, réprobateurs, que mon père cessait instantanément, couvert de honte. Dès cet instant ma mère devait prendre un gant de toilette passé à l'eau froide et me le passer sur la figure afin de me calmer progressivement, tout en prononçant des mots tendres. Suivant la gravité du sévice je mettais plus ou moins de temps à reprendre mes esprits, à revenir à moi. Durant cet instant de réparation mon père disparaissait dans une autre pièce ou tournait autour de nous comme un ours en cage, honteux, piteux, cherchant à se faire pardonner. Parfois j'arrivais à le faire, en maugréant, bien entendu sans grande spontanéité, et nous nous embrassions; parfois c'était trop et je lui lançais de violents reproches et des " pauvre con ! ". Ce qui le faisait repartir de plus belle pour une nouvelle séance de coups pour se terminer de la même façon, par des embrassements toujours sincères de part et d'autre car bien que tout petit je savais que mon p'pa, caractériel et gueulard au plus haut point, était incapable de se dominer (il lui arrivait de ci de là de se jeter sur son lit et de pleurer à gros bouillons durant de longues minutes).
Quelles étaient les raisons de son type de caractère ? Sa mère morte alors qu'il était encore adolescent ? La mort en bas âge (4 moi et demi) de mon frère cadet ( après avoir eu 2 filles mon père espérait ardemment un garçon ) ? Notre extrême pauvreté ? Nous n'en avons jamais rien su: mon père était peu bavard en dehors de ses moments de bonne humeur, et concernant les confidences, c'était un muet comme son propre père, un mur de silence. Comme son père un grand mélancolique et contrairement à lui un être très sensible (j'ai hérité de cette extrême sensibilité et de cette mélancolie chronique).
Mis à part la période de l'adolescence où il faut bien, passage obligé, tuer le père, et bien que je me soit auto-élevé contre lui pour ne pas lui ressembler, je ne lui en ait jamais voulu, ni dans ces moments extrêmes de maltraitance, ni à aucun autre. Mon père dans les faits adorait ses enfants (je me souviens de lui alors que marchant à peine il me hissait à bout de bras au dessus de lui allongé sur son lit et me faisait faire l'avion, riant aux éclats de mes propres rires, de mes gazouillis - mes premiers souvenirs remontent étonnement de très loin). C'était aussi, finalement et malgré toute sa force de mastard , une personne très vulnérable, un écorché vif.
Moi-même, devenu père à mon tour (jeune, à 22 ans) je n'ai mis de fessées à mon fils que trois fois en tout et pour tout et cela a cessé vers ses 3 ans : je soulevais la jambe gauche, je le hissais dessus et le tenait le ventre contre cette jambe levée, et lui assénait trois claques sur les fesses, venues de haut, espacées entre elles de quelques secondes et ponctuées de " un! deux! trois! ". Le rite a été le même au cours de ces 3 fois. Mais la dernière fois je m'étais trouvé hors de moi, la fessée était devenue plus violente et à l'instant-même où je l'infligeais à mon fils j'ai senti comme une douche froide et c'était comme si mon père venait de passer en moi. Il n'y eut donc, à cause de cela, plus aucune fessée, seulement des mises au coin (Mimant un ton colérique je disais: " Tu regardes la ligne du mur ! pas un seul regard de côté ! je compte un quart d'heure à ma montre et ensuite tu pourras revenir ! " Le quart d'heure passé je lui signifiais que la punition était levée, punition qu'il redoutait plus encore qu'une fessée et qu'il évitait autant que possible).

Mon père est mort le 4 janvier dernier. Il avait voulu qu'on l'incinère, ce qui n'avait jamais eu lieu dans la tradition familiale et nous a désorienté douloureusement. Nous avons attendu dans une salle spéciale que la crémation se fasse. Ca trainait en longueur et personne ne semblait vouloir se risquer à aller aux renseignements. Je me suis décidé et suis allé à l'accueil. Une femme à son bureau m'a dit "Ah! mais c'est fini depuis un bon quart d'heure ! " (je l'aurais giflée !). Elle a demandé à un employé de voir si l'urne était prête et là j'ai compris qu'il me faudrait la prendre moi-même. Je le redoutais mais prenant mon courage à deux mains j'ai attendu qu'on apporte l'urne funéraire du p'pa. Je l'ai alors pris et tout de suite posée contre ma poitrine de peur de la laisser tomber.
Je suis sorti du bureau afin de rejoindre ma famille attendant à une centaine de mètres. L'urne était encore tiède et contre toute attente j'ai senti venir en moi un apaisement, un sentiment de bien-être. Je tenais mon père contre moi... comme un père porte sur lui son enfant endormi. Inversion symbolique des rôles. Arrivé à quelques vingt mètres de ma famille j'ai vu tout le monde étonné de nous voir arriver ainsi. Les larmes leur venaient aux yeux. J'ai tendu l'urne à l'une de mes soeurs et son premier geste fut de la caresser en disant: " il est encore tiède ! ". L'urne a passé de mains en mains avant de revenir dans celles de ma soeur qui ne conduisant pas était chargée d'y veiller jusqu'au cimetière.

Notre père nous frappait aussi fort qu'il nous aimait !
« Dernière édition: 16 Juillet 2007 à 09:04:01 par Tanka » Journalisée
autisme





dominique
ADMINISTRATEUR
Membre Héroïque
*****

Karma: +59/-0
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme
Messages: 3690


Posteur à 37%


Firefox 12.0
Win Vista
Français

WWW
« Répondre #1 le: 16 Juillet 2007 à 11:09:27 »

  Il va me falloir lire et relire avant de pouvoir comprendre un tel récit. D'habitude, je reponds facilement, mais là, je me suis reconnu dans ton papa, a un moment donné de ma vie. Cela c'est passé une seule fois.... sur une de mes filles. Le lendemain, j'etais chez mon toubib pour lui expliquer ma réaction a mon premier souci "papa / fille". Il etait mort de rire et m'a dit que je n'avais rien fait de mal..... N'empêche, je n'ai plus jamais touché un seul de mes enfants.

Je me reconnais en toi pour les coups reçus. La différence, c'est que je viens de prendre conscience que jamais je n'ai songé un seul instant a insulter qui que ce soit, lors des nombreuses fois ou l'on m'a massacré. Et cela me trouble salement.

Tu as su garder la tête haute lors de tes "différents" avec ton papa.... ce que je n'ai peut être pas su faire avec "l'autre".....

 

« Dernière édition: 16 Juillet 2007 à 14:04:35 par domodi » Journalisée

pour signaler un cas de maltraitance infantile, faites le 119. appel gratuit et anonyme.
kreattur
Membre complet
*

Karma: +12/-0
Hors ligne Hors ligne

Messages: 60


Posteur à 26%


Microsoft IE 8.0
Win Vista
Français

« Répondre #2 le: 18 Octobre 2008 à 02:04:13 »

ne cherchons nous pas tous quelques de bons dans ses parents maltraitants?
Journalisée
dominique
ADMINISTRATEUR
Membre Héroïque
*****

Karma: +59/-0
Hors ligne Hors ligne

Sexe: Homme
Messages: 3690


Posteur à 37%


Firefox 12.0
Win Vista
Français

WWW
« Répondre #3 le: 19 Octobre 2008 à 01:17:22 »



  salut kreattur

  non.... je ne crois pas que l'on puisse généraliser. Quand je lis les mots de tanka, j'imagine comment ces "bagarres" se déroulaient. Parce qu'en fin de compte, il pouvait répondre (insultes) cruement a son père.
Il est vrai que son père etait violent pour "être violent"... sans plus. Il est clair que c'est de la maltraitance que tanka a subi, ainsi que ses soeurs. Il ne recherche pas un "bon coté" de son père, mais des explications a sa violence gratuite. Mais comme toujours, il n'y a pas de réponses. Des suppositions  peut être.... mais jamais de réponses.



 
Journalisée

pour signaler un cas de maltraitance infantile, faites le 119. appel gratuit et anonyme.
Pages: [1]   Haut de page
  Imprimer  
 
Aller à: